Justice Pour Adama : Quand les Français se lèvent contre les bavures policières et le racisme

Des jeunes hommes assis sur des bungalows préfabriqués lors du Rassemblement à l’initiative du comité vérité pour Adama mardi soir, Paris 17ème. (Photo Naomi Mackako)

Plus de 20.000 personnes ont répondu à l’appel du comité « La vérité pour Adama » mardi 2 juin, et se sont rassemblées devant le tribunal de grande instance de Paris.

« On se devait d’être là aujourd’hui. Le gouvernement doit comprendre qu’on ne va plus se laisser faire », dit Ayssa, 29 ans, masque en tissus sur le visage. Comme la jeune femme d’origine guinéenne, qui a entendu parler du rassemblement sur les réseaux sociaux, plus de 20.000 personnes ont fait le déplacement malgré l’opposition, en début d’après-midi, de la préfecture de police de Paris en raison de l’état d’urgence sanitaire. « Le rassemblement de ce soir est maintenu », a tweeté le comité en dénonçant une volonté d’ « intimidation » de la part de la préfecture. Peu avant 19H00, heure du début de l’événement, la foule diversifiée se dirige calmement vers les parvis du tribunal de grande instance situé dans le 17ème arrondissement. Des Blancs, des Noirs, des Arabes ou encore des Asiatiques. Quelques vieux, mais surtout des jeunes emplissent les rues. « Tout le monde doit être touché par l’histoire d’Adama Traoré, même lorsqu’on n’appartient pas à sa communauté, dit Maëlle venue depuis Montereau (77) avec cinquante autres jeunes de la ville Seine-et-Marnaise. On a fait un live sur Instagram pour mobiliser le plus de monde ». Des camions de CRS longent le boulevard Berthier. « Mais ils ont cru qu’on allait faire quoi, en fait ? Pourquoi ils sont si nombreux ? », s’indigne une autre jeune manifestante. Les rues environnantes sont bloquées par des agents de police aux bras croisés sur leur poitrine.

Expertises médicales et écho international

Majoritairement vêtus de noir, les protestataires ont répondu à l’appel du comité « La vérité pour Adama », un jeune homme noir de 24 ans, mort lors de son interpellation par les gendarmes dans le Val-d’Oise en juillet 2016. La famille d’Adama Traoré a appelé la population à se joindre à elle pour « exprimer [sa] révolte », a posté sur Instagram, Assa Traoré, la soeur du défunt. Les proches du disparu ont demandé une contre-expertise médicale après que celle ordonnée par les juges d’instruction et jugée raciste par Assa Traoré exonérait les forces de l’ordre. « En fait, on vient m’expliquer que mon frère est mort parce qu’il était noir ?! Et pas une ligne n’évoque le fait qu’Adama s’est retrouvé plaqué au sol, avec trois agents des forces de l’ordre sur son corps ?! », s’est offusquée, la semaine dernière, la militante dans les colonnes de l’Obs . Les conclusions de la nouvelle expertise datée du 2 juin valide « l’asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral », rapporte l’AFP.

Photo Naomi Mackako
Photo Naomi Mackako

« Adama ne respire plus », lit-on sur une pancarte alors que les manifestants scandent « Justice pour Adama » le poing levé. Ces mots écrits au feutre noir sur du carton font écho à « I can’t breathe », le slogan utilisé outre-atlantique après la mort de George Floyd. Ces derniers jours, la mort par étouffement du Noir Américain de 46 ans, lors de son arrestation par la police à Minneapolis, dans le Minnesota (États-Unis), a suscité l’émoi international. En France, le mot-dièse « Black Lives Matter » est devenu viral sur les réseaux sociaux et les villes de Lille, Nantes, Lyon ou encore Marseille ont été témoins de mobilisations dont les images ont été relayées sur Twitter. « Nous voulons que le monde entier voie que la population française s’est levée », la voix d’Assa Traoré résonne sous les applaudissement de la foule qui crie « Révolution ! ».

Photo Naomi Mackako

Tensions et affrontements

Les cris d’encouragements et le refrain de la Marseillaise laissent place à quelques échauffourées au moment de la dispersion. Un abribus est incendié boulevard de Bessière, rapporte Libération, et le trafic du périphérique est bloqué par une dizaine de personnes avant qu’elles ne soient éconduites par la police.  Certains manifestants lancent des projectiles alors que les forces de l’ordre font usage du gaz lacrymogène. Sur Twitter, plusieurs utilisateurs affirment que les forces de l’ordre ont chargé la foule en premier et déplorent que les tensions qui ont clôturé le rassemblement entachent la démarche du comité. En parallèle, dans les métros parisiens, d’autres manifestants continuent de scander des slogans antiracistes et clament qu’être Noir en France ne devrait pas équivaloir à être un chien, ni être assimilé à un crime, et encore moins à devoir mourir. 

De nombreux participants disent avoir le sentiment d’avoir vécu un moment historique et espèrent que leur mobilisation impulsera le changement des institutions. Des instances de décisions dont Pierre-Alain Raphan, député LREM de l’Essonne, demandait plus tôt à l’Assemblée qu’elles « ressembl[ent] à une France miniature ».

Photo Naomi Mackako

Naomi Mackako

4 commentaires sur « Justice Pour Adama : Quand les Français se lèvent contre les bavures policières et le racisme »

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